
Employé de compétence fédérale, assurance-emploi, faillite : quels délais?

Délais de plainte en droit du travail : le guide complet au Québec, ou presque... Partie 5 de 5
Auteur : Martin Pelletier, avocat en droit du travail
Publié le 17 octobre 2026
Vous travaillez pour une banque, une entreprise de télécommunications, de transport interprovincial ou pour le gouvernement fédéral? Votre employeur a fait faillite? Voici vos délais pour agir.
Avant de compter vos jours, lisez notre article principal : Congédiement, harcèlement, salaire impayé, accident du travail : quel délai pour quel recours ?
Cet article fait partie d'une série de 5 articles :
Compétence fédérale, assurance-emploi et faillite (vous êtes ici)
Dans cet article
Vous travaillez pour une entreprise de compétence fédérale
Ces recours relèvent du Code canadien du travail.
Tableau : Entreprises fédérales
Votre situation | Délai | À qui vous adresser |
|---|---|---|
Congédiement injuste (12 mois de service continu ou plus, non syndiqué, sauf les directeurs ; ne vise pas la mise à pied pour manque de travail ou suppression de poste) | 90 jours calendrier | Programme du travail (Emploi et Développement social Canada), à compter de la date du congédiement |
Salaire ou autres sommes non payées | 6 mois | Programme du travail, à compter de la date où la somme était due |
Votre plainte pour sommes non payées est jugée non fondée | 15 jours calendrier | Demande de révision au Programme du travail, puis appel au CCRI dans les 15 jours, sur une question de droit ou de compétence seulement (art. 251.101 et 251.11) |
Représailles parce que vous avez exercé un droit (normes du travail ou santé et sécurité) | 90 jours calendrier | Conseil canadien des relations industrielles (CCRI), à compter du moment où vous avez eu connaissance de la mesure |
Votre employeur vous traite comme un travailleur autonome ou un sous-traitant alors que vous êtes un employé | 6 mois | Plainte au Programme du travail (art. 127.1(8.1) du Code canadien du travail) |
Harcèlement ou violence au travail | Aucun délai fixe si vous êtes toujours à l'emploi. 3 mois après la fin de votre emploi si vous avez quitté | Avis à votre employeur ou à la personne désignée dans sa politique |
Votre employeur ne respecte pas le processus prévu en matière de harcèlement et de violence (enquête, mesures, etc.) | Aucun délai fixe dans la loi : agissez rapidement | Plainte à votre supérieur, puis au Programme du travail si elle n'est pas réglée (art. 127.1 du Code canadien du travail) |
Élection fédérale (tout employé ayant le droit de vote, même chez un employeur québécois) : votre employeur ne vous a pas laissé 3 heures consécutives pour aller voter ou a coupé votre salaire | Agissez rapidement | Plainte au Commissaire aux élections fédérales (infraction à la Loi électorale du Canada) |
Syndiqué d'une entreprise fédérale : votre syndicat manque à son devoir de juste représentation (art. 37 du Code canadien du travail) | 90 jours calendrier | Conseil canadien des relations industrielles (CCRI), à compter du moment où vous avez eu connaissance du manquement |
Discrimination | 1 an, sauf rares exceptions | Commission canadienne des droits de la personne, à compter du dernier événement |
Bon à savoir : si le harcèlement est lié à un motif de discrimination (sexe, origine, handicap, etc.), vous pouvez aussi porter plainte à la Commission canadienne des droits de la personne, dans un délai d'un an, sauf rares exceptions.
Attention : n'attendez pas la fin de votre grief ou d'une autre procédure pour porter plainte à la Commission canadienne des droits de la personne. En pratique, la Commission exige généralement que vous épuisiez d'abord votre grief ou vos recours internes (article 41(1)a) de la Loi canadienne sur les droits de la personne), mais le délai d'un an continue de courir pendant ce temps : selon la Commission, l'attente d'une autre procédure n'est pas une raison valable pour déposer une plainte en retard. Déposez donc votre plainte dans l'année pour protéger vos droits. Le délai d'un an se calcule à partir du dernier fait. Exceptionnellement, la Commission peut accepter une plainte plus tardive si vous avez découvert la discrimination plus tard ou si des circonstances indépendantes de votre volonté vous ont empêché d'agir.
Équité salariale au fédéral
Si votre employeur fédéral compte 10 employés ou plus, il doit établir un plan d'équité salariale. Si votre employeur a établi le plan seul, sans comité, vous avez 60 jours après son affichage pour déposer un avis d'objection, et 60 jours après avoir pris connaissance d'une contravention à la loi pour porter plainte au Commissaire à l'équité salariale (articles 148 et 149 de la Loi sur l'équité salariale).
Vous êtes fonctionnaire fédéral?
Les employés de la fonction publique fédérale relèvent d'un régime distinct, avec des délais souvent très courts. Comme votre employeur est le gouvernement du Canada, vous pouvez aussi invoquer la Charte canadienne des droits et libertés (par exemple la liberté d'expression ou le droit à l'égalité) dans votre grief. La Charte ne prévoit pas de délai propre : c'est le délai de votre grief qui s'applique.
Grief (mesure disciplinaire, licenciement, convention collective) : délai prévu par votre convention collective. Le règlement fédéral prévoit 35 jours à compter du jour où vous avez été avisé de la mesure ou en avez eu connaissance, le premier en date étant à retenir, puis 15 jours pour passer au palier suivant après chaque décision (article 68 du Règlement sur les relations de travail dans le secteur public fédéral). Le grief est porté jusqu'au dernier palier, puis renvoyé à l'arbitrage dans les 40 jours de la décision finale (article 90) devant la Commission des relations de travail et de l'emploi dans le secteur public fédéral (article 209 de la Loi sur les relations de travail dans le secteur public fédéral). Votre agent négociateur doit accepter de vous représenter pour un grief portant sur la convention collective.
Plainte contre votre syndicat ou votre employeur (pratique déloyale, manquement au devoir de représentation) : 90 jours à compter du moment où vous avez eu connaissance des faits, devant la même Commission (article 190(2)).
Nomination ou dotation (abus de pouvoir dans un processus de nomination interne) : plainte reçue par la même Commission dans les 15 jours suivant la réception de l'avis de nomination, de proposition de nomination, de révocation ou de mise en disponibilité, ou suivant la date de l'avis public (article 77 de la Loi sur l'emploi dans la fonction publique et article 10 du Règlement concernant les plaintes relatives à la dotation dans la fonction publique). C'est un des délais les plus courts : agissez immédiatement.
Représailles après une divulgation d'acte répréhensible (dénonciateur) : plainte au commissaire à l'intégrité du secteur public dans les 60 jours de la connaissance des représailles, sauf si le commissaire accepte un délai plus long (article 19.1 de la Loi sur la protection des fonctionnaires divulgateurs d'actes répréhensibles). Attention : déposer cette plainte vous empêche d'exercer un autre recours, comme un grief, pour les mêmes représailles. Le Tribunal peut notamment ordonner la réintégration, le salaire perdu et jusqu'à 10 000 $ pour les souffrances subies (article 21.7).
Assurance-emploi après une perte d'emploi
Après un congédiement, une démission ou une mise à pied, votre demande de prestations d'assurance-emploi peut être refusée, par exemple si Service Canada conclut que vous avez quitté volontairement votre emploi ou que vous avez été congédié pour inconduite. Les délais pour contester sont courts :
Demande de révision : 30 jours calendrier à compter de la date où la décision de Service Canada vous a été communiquée.
Appel de la décision rendue en révision : 30 jours à compter de la communication de la décision de révision, devant le Conseil d'appel en assurance-emploi. Le Conseil peut accorder un délai supplémentaire, mais jamais plus d'un an après la date où la décision vous a été communiquée (article 43.11 de la Loi sur le ministère de l'Emploi et du Développement social). La décision du Conseil peut ensuite être portée en appel à la division d'appel du Tribunal de la sécurité sociale dans les 30 jours (article 54.2).
Un retard peut parfois être accepté si vous donnez une explication raisonnable, mais il ne faut pas compter sur cette possibilité. La décision de l'assurance-emploi est distincte de vos recours contre l'employeur : contester l'une ne suspend pas les délais de l'autre.
Faillite ou mise sous séquestre de votre employeur
Si votre employeur fait faillite ou est mis sous séquestre et vous doit du salaire, des vacances, une indemnité de préavis ou une indemnité de départ, deux démarches peuvent vous permettre de récupérer une partie de ces sommes : le Programme de protection des salariés du gouvernement fédéral, qui s'applique partout au Canada, y compris aux employés d'entreprises québécoises, et votre réclamation auprès du syndic ou du séquestre.
Tableau : Faillite ou mise sous séquestre de l'employeur
Votre situation | Délai | À qui vous adresser |
|---|---|---|
Demande au Programme de protection des salariés (salaire, vacances, indemnités de préavis et de départ impayés, jusqu'à 9 275 $ en 2026) | 56 jours calendrier | Service Canada, à compter de la plus tardive de ces dates : la faillite ou la mise sous séquestre, la fin de votre emploi ou, dans certains cas, la décision du tribunal qui reconnaît la situation de l'employeur (article 9 du Règlement sur le Programme de protection des salariés). N'attendez pas la confirmation du syndic |
Votre demande au Programme est refusée ou le montant est contesté | 30 jours calendrier | Demande de révision écrite, à compter de la date où vous êtes informé de la décision (article 11) |
Demande tardive au Programme | Exceptionnel | Acceptée seulement si des circonstances indépendantes de votre volonté vous ont empêché d'agir à temps (article 9(2)) |
Preuve de réclamation auprès du syndic (faillite) | Aucun délai fixe, mais 30 jours calendrier si le syndic vous envoie un avis | Syndic. Passé le délai de l'avis, le partage des sommes peut se faire sans vous ; le tribunal peut prolonger ce délai si le retard est justifié (articles 124 et 149 de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité) |
Salaires des 6 derniers mois avant la faillite ou la mise sous séquestre | Réclamez dès que possible | Syndic ou séquestre : ces sommes sont garanties jusqu'à 2 000 $ sur certains actifs de l'employeur, en priorité sur la plupart des autres créanciers (articles 81.3 et 81.4) |
Consultez-nous si vous avez besoin d'aide pour vos démarches : les deux démarches se font en parallèle et leurs délais courent en même temps.
Nos conseils pour ne pas perdre vos droits
Les délais se comptent généralement en jours de calendrier, fins de semaine et jours fériés compris, et un délai qui finit un samedi n'est pas toujours reporté : visez le vendredi.
Notez la date exacte de chaque événement : congédiement, dernier geste de harcèlement, réception d'une décision.
Ne pas attendre la fin d'une négociation avec l'employeur : déposez votre plainte, elle n'empêche pas une entente.
En cas de doute sur le délai, retenez le plus court.
Conclusion
Les délais en droit du travail sont courts et varient selon votre employeur, votre statut et le type de problème. Une erreur de quelques jours peut vous faire perdre un recours. Nous vous rappelons qu'il ne s'agit pas d'un avis juridique et que chaque dossier doit faire l'objet d'une évaluation.
Avis important : cet article est fourni à titre d'information générale seulement et ne constitue pas un avis juridique. Les lois changent et chaque situation est différente : il est important de consulter un avocat avant de prendre une décision ou de laisser passer un délai. Les outils en ligne et l'intelligence artificielle peuvent aussi se tromper ; ne vous fiez pas uniquement à une réponse obtenue sur Internet ou auprès d'un robot conversationnel.
Nous vous invitons fortement à nous contacter sans délai, afin de respecter les délais applicables et ainsi éviter un rejet de vos réclamations.
Références législatives
Textes officiels consultés, à jour au 12 août 2026 (Québec) et au 30 septembre 2026 (fédéral) :
Charte canadienne des droits et libertés, partie I de la Loi constitutionnelle de 1982
Loi canadienne sur les droits de la personne, L.R.C. (1985), ch. H-6
Loi sur le ministère de l'Emploi et du Développement social, L.C. 2005, ch. 34
Loi sur les relations de travail dans le secteur public fédéral, L.C. 2003, ch. 22, art. 2
Loi sur l'emploi dans la fonction publique, L.C. 2003, ch. 22, art. 12 et 13
Loi sur la protection des fonctionnaires divulgateurs d'actes répréhensibles, L.C. 2005, ch. 46
Règlement sur les relations de travail dans le secteur public fédéral, DORS/2005-79
Règlement concernant les plaintes relatives à la dotation dans la fonction publique, DORS/2006-6
Loi sur la faillite et l'insolvabilité, L.R.C. (1985), ch. B-3
Règlement sur le Programme de protection des salariés, DORS/2008-222
Loi sur le Programme de protection des salariés, L.C. 2005, ch. 47, art. 1


